Samedi 10 janvier 6 10 /01 /Jan 16:48

" Les légendes de Dun "


Voici quelques unes des légendes les plus vivaces de la Montagne de Dun. Je reprends le phrasé de trois érudits locaux, Mr Jean Virey, les abbés Paul Muguet et Henri Mouterde, dans leur ouvrage paru en 1900, “Dun. Autrefois, aujourd’hui”.


La Pierre-Qui-Vire:


C’est la légende la plus accréditée de toutes. On la connait aussi sous le nom de pierre tournante. Elle tournait durant l’élévation de la messe de minuit, la cavité restait béante un instant.
Pendant quelques secondes, on pouvait entrevoir d’incalculables sommes d’or et d’argent, des pierreries étincelantes. Il y avait de quoi exciter la cupidité. L’auri sacra fames dont parle le poète latin, l’exécrable soif de l’or a toujours poussé les hommes à braver le danger et à mal faire. Mais pour ce cas particulier, s’approprier le trésor caché sous la pierre tournante, ce n’était voler personne. Cette fortune était le trésor des anciens seigneurs de Dun et ces seigneurs n’étaient plus là pour revendiquer leur bien.

Une femme concut le projet de s’emparer d’une partie de ces trésors. Elle vint donc, une nuit de Noel, tenant son petit enfant sur ses bras.
Le moment solennel arrive, la pierre s’ébranle, l’or et les diamants étincellent sous les yeux de la mère fascinée. Vite elle dépose son enfant sur le sol, plonge et replonge ses mains dans la cavité entr’ouverte. En un instant son tablier est plein d’or. Mais la pierre reprenant sa place est devenue immobile. La mère pousse un cri… l’enfant avait roulé dans le trésor comme dans un abîme.

La mère éplorée alla consulter un saint prêtre. L’homme de Dieu lui répondit: “L’an prochain, durant la nuit de Noel, reportez cet or où vous l’avez pris, qu’il n’en manque rien surtout! Votre enfant vous sera rendu, je vous en donne l’assurance.”
L’année suivante, durant la messe de minuit, la mère était là, l’oeil fixé sur la même pierre, guettant avec anxiété le premier mouvement du rocher magique. Soudain, l’heure de l’élévation est annoncée par la cloche de l’église voisine, la pierre s’ébranle. D’une main, la mère rejette dans la cavité éblouissante l’or et l’argent qu’elle rapporte; de l’autre main, elle retire son enfant qui lui tend ses bras.

La même légende est racontée avec des détails quelques peu différents. La mère de l’enfant aurait apporté chaque jour du lait sur la pierre tournante et ce lait passant à travers la pierre serait tombé dans la bouche de l’enfant pour lui servir de nourriture.


La Fontaine Saint-Jean:


C’est une des sources sacrées de Dun.
Saint Jean s’étant trouvé de passage sur la montagne, la place de son pied resta empreinte sur le rocher et en ce même endroit jaillit une source qui ne tarit jamais. Le rocher où Saint-Jean mit son pied se voit encore à mi-côte. L’excavation de forme ovale est assez profonde, plus longue, et plus large qu’un pied d’homme. L’eau de pluie s’y conserve longtemps. Ce rocher est très probablement un rocher druidique. Plus loin se trouve la fontaine de Saint-Denis. L’eau de ces deux fontaines avait de nombreuses vertus curatives, et l’on venait en chercher de bien loin. La première, surtout, guérissait l’épilepsie, appelée mal de Saint-Jean dans toute la contrée charollaise.


Les Faillettes:


Les souterrains jouent un grand rôle dans toutes les légendes .
Dun avait ses demeures et ses voies souterraines.

Les souterrains de Dun étaient jadis habités par une race d’hommes si petite que les Liliputiens de Gulliver eussent passé en leur présence pour des géants. Les soirs d’été, ce petit peuple sortait de ses cavernes et venait au grand jour. De loin, on pouvait distinguer les femmes lavant et faisant sécher leurs petits linges, les hommes ramassant quelques fruits dans les broussailles, les enfants grimpant sur les touffes d’herbe.
Un curieux essayait-il d’approcher, vite ces petits êtres, comme les Myrmidons de la fable, disparaissaient dans leurs sombres demeures: les moindres fissures du sol, les fentes imperceptibles des rochers étaient assez larges pour leur donner passage. Ces petits êtres s’appelaient Faillettes, petites fées. Cette légende est peut-être un souvenir du paganisme gaulois.

Dans le voisinage de Dun, une petite montagne de Varennes, la montagne de Chemineau, possédait aussi une peuplade de Faillettes. La principale demeure des Faillettes de Chemineau était située sous des roches druidiques, bien connues de tous les habitants du pays. Ces roches, appelées Roches-Faillettes, sont les vestiges incontestables d’un  antique passé. Sur les bords des blocs sont sculptés une espèce de fauteuil et plusieurs autres sièges. Le fauteuil, où ne manque jamais de s’asseoir les visiteurs, s’appelle le fauteuil de la reine et chacune des petites excavations à l’entour porte un nom particulier. Il y a le puits, la marmite, des plats ronds, deux longs plats à omelettes, la cuillière, la fourchette, la crémaillère.
Les appellations naives données aux coupelles et excavations des blocs dont nous venons de parler sont le fait des petits bergers de la montagne. Sur les flancs de la colline d’Artus, en la paroisse de Beaubery, se trouvent des rochers du même genre. On y voit le greu (berceau) de l’enfant Jésus, l’écuelle de la sainte Vierge, l’écuelle de saint Joseph, la tasse de l’enfant Jésus etc.

Les Faillettes de Chemineau, et celles de Dun, ont laissé de bons souvenirs dans la contrée. Génies bienfaisants, elles n’étaient redoutables que pour les personnes avares ou par trop regardantes. Si elles prenaient quelques fruits sur les arbres, quelques poignées de chanvre ou de blé dans les terres, elles rendaient d’utiles services aux bons cultivateurs: elles chassaient des récoltes les animaux nuisibles, soignaient les petits enfants dans les maisons, alors que les parents se rendaient aux champs. Les Faillettes étaient d’une haute probité.


Le Cochon des Faillettes
:

C’est le père Lacombe, du village des Noyers, qui racontait cette histoire.
De pauvres paysans demeurant au bas de Dun avaient deux de ces utiles animaux qu’on engraisse et met au saloir pour les besoins journaliers du ménage. Chaque matin, dès la sortie de l’étable, l’une de ces bêtes gravissait la montagne, et gagnait les Roches-Faillettes; chaque soir, l’animal revenait en son logis, bien pansé et bien rond.  Aussi les bons paysans ne contrariaient en rien la singulière habitude de leur porc. Il engraissait à vue d’oeil et faisait bonne fin, selon l’expression habituelle des gens du pays.
Un soir le paysan dit à sa femme: c’est dans huit jours la foire de La Clayette, nous ferions bien d’y mener vendre le plus gros de nos cochons; il vaut bien trente écus.. L’affaire fut convenue.
Le lendemain matin, l’animal estimé trente écusgravissait la montagne de Dun. Le soir du même jour, il descendait en trottinant… Il portait une bourse à son cou. Dans cette bourse, il y avait trente écus. Inutile de dire que les propriétaires de la bête s’emparèrent de cette somme.
Le jour suivant, le porc remonta vers les Roches-Faillettes, mais il n’en redescendit pas. Les Faillettes qui avaient pris soin de lui et qui, du reste, l’avaient payé, l’avaient mis en leur saloir.

Le départ des Faillettes: depuis longtemps déjà, les Faillettes de Dun et de Chemineau ont émigré en un autre pays. Où sont elles allées? Personne ne le sait.
Les deux petites peuplades se réunirent dans la vallée du Sornin et partirent durant la nuit. Une brave femme, attardée à la recherche de son troupeau, fut témoin de leur exode.
- Vous vous en allez, dit cette femme, mais pas pour longtemps?
Une vieille Faillette qui semblait diriger la troupe répondit:
- Nous reviendrons quand les agrelles défeuilleront.
Et comme les agrelles sont les houx, à feuillles persistantes, il est à croire qu’on ne reverra jamais, en nos contrées, le petit peuple disparu.
Mais si la race des Faillettes a peut-être disparu, leurs souterrains existent toujours: le pèlerin de Dun peut s’en convaincre. Il n’a qu’à frapper le sol fortement en certains endroits, il n’a qu’à faire rebondir de grosses pierres sur les pentes rapides, et la terre résonne comme si une voûte était suspendue sur les flancs évidés de la montagne. Rien de plus vrai que cette résonance du sol, tous les visiteurs de Dun en ont fait l’expérience.


Pour voir la montagne de Dun il suffit de 
grimper en direction de Mussy sous Dun à Chaufailles.

Par Renaud - Communauté : St denis de cabanne
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